7 – LA BALADE des portraits de JY

7 – LA BALADE des portraits de JY

Si je vous dis que je suis photographe portraitiste

A priori,
vous aurez une idée de ce que je fais,

Mais vous ne saurez pas qui je suis.

Depuis toujours, ou presque…

J’aime regarder,

Regarder l’AUTRE,

Le découvrir, l’écouter, écouter son regard

Le dévisager, l’envisager,

Partir à sa découverte,

Puis, avec vous,

Partager nos émotions.

Tout cela est venu naturellement,

Comme un instinct de survie,

Comme une nécessité d’être,

Comme on met un pied devant l’autre, pour avancer,

Puis, bien plus tard, j’ai mis des mots sur cet instinct.

Il était une fois …

A 17 ans, première paie.

Un Rollei, appareil photo tout petit, tout joli.

Toutes les occasions sont bonnes pour le sortir,

Pour observer mes proches
à travers lui.

Ce Rollei, tout à la fois,

Me sert de protection,

Me donne une certaine légitimité dans ce rôle de guet que j’adore tenir,

Mais il est surtout un accès direct à l’essentiel pour saisir les émotions les plus profondes de l’autre.

A l’époque je ne suis pas papier, je suis diapo.

Deux appareils de projection, les montages en fondu enchaîné,

La musique préparée, les impulsions programmées.

Et la magie s’opère, parfois, souvent,

Et là encore, je les observe, mais du coin de l’œil, cette fois-ci.

J’aime les voir, ces premiers complices photographiques, être touchés, un peu gênés, peut-être un peu percés, peut être un peu fiers aussi, mais heureux, heureux de découvrir ces témoignages des bons moments passés tous ensemble.

Bonheur de leur rendre cette joie qu’ils m’ont donnée.

Quelques années plus tard,

Un Cadeau, Cadeau de grand père, son vieil appareil photo.

Nouvelle étape. Deux complices.

Je les photographie en permanence, dans les rues de Paris, au soleil, sous la neige, peu importe.

Autre déclic !

Mon parcours n’est qu’une suite de coups de pied plutôt sympathiques !

Un ami. Il passe un casting.

Peut-être un rôle dans un film
de Costa GAVRAS.

« J’ai besoin de photos – tu me les fais ? »

Un défi, je fonce.

« Je ne vous prends pas dans mon film, mais j’aime le regard de ce photographe. Je peux garder les photos ? » …

Eté 1988, Grand Père, le même. Un peu d’argent à tous ses petits enfants.

Un Minolta 7000, des objectifs. J’aime regarder à travers lui.

MERCI Grand Père …

Quelques mois plus tard, dîner chez des amis. Une femme, bookeuse dans une agence de photographes. Les amis font ma promo. Elle veut voir mon travail. Elle partira avec tous les classeurs de planches contact.

Elle m’apprend à « lire »
une photo …

Premier book,

Première prise de conscience, Première mini expo portative…

enfin … mini … il pèse son poids ce book grand format, genre étudiant des Beaux-arts.

Plus tard, Barcelone, un bar des Ramblas, un après midi de décembre …

Pour la première fois, je commence à mettre des mots sur « la photo et moi » … Sur un premier projet d’exposition :

« La fragilité des hommes et la force des femmes ».

Je commence à toucher du doigt le pourquoi de ces photos.

Je continue à photographier mes amis.

Je commence à apostropher les gens dans la rue, dans le métro, au travail, partout où je me trouve, quand leur visage me parle, parfois au risque de me prendre une paire de baffes ! vécu.

Un jour, je laisse mon book à une de ces rencontres de « trottoir ».

L’inconscience peut avoir du bon.

Dès Le lendemain, un coup de fil : « J’ai vu votre book chez des amis. Je suis responsable de la section photos pour le Salon d’Automne au Grand Palais. Je souhaiterais que vous y exposiez votre travail avec nous ».

Six photos … au Grand Palais …
Un peu fier… !

Paris. Place des Victoires.

« Excusez-moi, vous accepteriez de poser pour moi ? »

Dale, photographe international vient de m’aborder.

L’arroseur arrosé … La séance m’amuse …

Ëtre de l’autre coté de la caméra … il me met à l’aise … J’adore …

Il me présente Toros. Il a un laboratoire photo pour les professionnels. Plus de 20 ans plus tard, il tirait toujours mes photos, avec ses complices.

Un soir, accrochage chez TOROSLAB. Tous ses clients, photographes professionnels, y exposent quelques tirages repérés ici et là dans des magazines.

Une photo vendue à un collectionneur. La mienne.

Ma première vente.

Suivent les premières expositions personnelles, à deux ou en groupe.

Exposition dans la galerie d’un ami à Brest, ma ville natale.

Pourquoi ne pas aller exposer aussi à Quimper ? Une galerie repérée.

« Nous n’exposons que des peintres … mais… montrez moi votre travail ! »

10 mn plus tard … « Vous voulez exposer quand ? » …

Retour par Chateaulin, entre Brest et Quimper, à la MJC, chez un ami d’enfance : « Tu peux exposer ici quand tu veux … ».

Rencontre avec un photographe professionnel de la région. Nous faisons les trois expositions ensemble. Photos d’architecture pour lui, avec des personnages mais jamais de face, ou face cachée.

J’ai le temps, et j’en passe une bonne partie à observer le public face aux photos. Elles me permettent vraiment d’exprimer mes émotions. C’est bonheur, et cela n’a rien à voir avec la technique. Quelques soirées organisées lors des expositions me le confirment.

Les mots de Costa GAVRAS, « Le regard du photographe », continuent à prendre sens.

Suivent plusieurs expos parisiennes. Avec leurs vernissages.

Moments de partage au milieu de mes amis,

mais aussi, étranges sensations que ces expériences de « mise à nu » par tous ces inconnus qui me « dévisagent » si facilement à travers mes photos …

Et je viens, chaque jour ou presque, savourer, me nourrir de tous ces délicieux petits mots d’inconnus écrits sur mon livre d’or…

Une agence de photographes.

Un rendez-vous pour me confronter un peu au monde des professionnels.

Habitué à ce que l’on regarde mon book, avec attention, en prenant un peu un minimum son temps sur chaque photo … quel sentiment étrange, quel mal-être, voire plus quelle frustration devant cette femme qui parcourt mon book à deux reprises, en un temps record.

Je suis sur le point de reprendre mon book et de repartir bien rapidement, mais cette femme finit par mettre à jour l’homme derrière le photographe.

Elle ne me parle pas de mes photos …

Elle me parle de moi… de celui que je suis au fond de moi… je me croyais pourtant bien caché…

Je rentre illico à la maison… Direct sous la couette, tout habillé.

Aujourd’hui je la remercie de m’avoir montré de façon assez radicale que j’ai la possibilité d’exprimer ce trop plein d’émotions qui m’envahit si souvent en le laissant tout simplement se fixer sur ces photos. Elle me dit de poursuivre.

Je vais l’écouter. Je l’écoute encore aujourd’hui …

Un jour, en préparant une exposition, après l’envoi de nombreux dossiers de presse. Un message de José ARTUR. Il m’invite à passer dans Pop-Club, enregistrement au Fouquet’s, juste avant Richard Cocciante. J’en tremble, çà passe trop vite, mais quel pur moment de bonheur !

Bon nombre de mes complices photographiques sont des artistes : peintre, sculpteur, chanteur, acteur …

J’organise un « accrochage » un soir chez moi.

Mes complices sont tous là, en chair et en os, en photo et avec leur création :

Leurs peintures, leurs sculptures, l’une chante, l’autre met en scène une petite pièce qu’il joue avec deux autres comédiens, devant nous tous. L’histoire : « un photographe aborde les gens dans la rue, leur propose de faire des photos, rencontres, séance photos. » Bien évidemment, ils forcent à plaisir le trait. Grands éclats de rire, soirée d’échanges, les photos prennent vraiment vie et place.

Mademoiselle Jeanne MOREAU …

Un rêve … rencontrer Mlle Jeanne MOREAU.

Qui sait ? Faire des photos …

Partage de ce rêve à une collègue de travail, une amie depuis. Un déjeuner, elle me présente son mari, sans me dire ce qu’il fait, je lui en parle aussi. Quelques jours plus tard, il arrive avec une carte …

L’adresse personnelle de Mlle Jeanne MOREAU.

Il est décorateur de théâtre et de cinéma.

Un coffret de photos. Un bouquet de fleurs. Un ami fleuriste lui livre le tout…

« Jean-Yves, j’ai livré. ELLE était chez elle. ELLE a les photos ».

Un matin, au bureau … le téléphone sonne … « Mr PITON, Mlle Jeanne MOREAU demande à vous parler ». Le portable n’existe pas. Elle a reçu mes coordonnées personnelles, pas celles du bureau, c’est une blague ? …

Chez moi, un ami en vacances les lui a données. Elle voulait me parler immédiatement au téléphone …

« Mr PITON, Jeanne Moreau… »

Vous voyez le tableau ?

En deux secondes, je décolle, je suis sur un petit nuage …

A partir des photos, elle me décrit, me dit qui je suis, ce que je cherche … elle aime cette sensibilité, on doit se voir, elle me donne son numéro de téléphone personnel …

Moment d’Emotion …

Elle est très occupée … Normal, Mlle Jeanne MOREAU … Je n’ose pas, c’est sûr, ni la déranger un peu plus, ni forcer cette séance photo qui m’excite évidemment, mais que je redoute aussi … quelque part au fond de moi …

La séance photo n’aura pas lieu … mais ce jour-là, à sa façon, elle m’a donné son regard … il me rend fort encore aujourd’hui …

Merci Mademoiselle Jeanne MOREAU …

Une de mes photos les plus précieuses

Un couple d’amis a besoin d’un photographe pour une publicité.

Ils veulent une photo
de nu masculin.

Je refuse. Ils insistent.

« D’accord ! Mais vous trouvez le modèle ! ».

Beaucoup de plaisir à mettre ce corps dans la lumière naturelle.

En fin de séance, je leur donne naturellement les films en leur disant : « C’est pour vous ».

Quelques jours plus tard … « Jean-Yves, tu devrais venir voir le résultat »

Devant les planches contacts … cette lumière … C’est pas mal …

Je repars avec les planches …

Un prix pour la photo qu’ils choisissent. J’y arrive non sans mal.

Cette publicité sort.
C’est le torse à la serviette blanche.

J’arrêterais bien là la phase « nus masculins »…

Mais l’un de mes amis a vraiment envie de me voir en faire une exposition …

« Profite de l’European Gay Pride, captive cette audience, vas y, fonce … »

Un soir, on dîne ensemble, On évalue le coût d’une exposition (séances photos, book de présentation, tirages d’expositions, flyers, frais postaux). Résultat : un budget totalement en dehors des finances du moment. Il sort son chéquier… : « au travail, Jean-Yves » …

Un grand Merci à toi …

Recherche de modèles parmi mes proches et avec la complicité d’une amie à l’accueil d’une salle de sport… L’expo de nus voit le jour dans un espace assez génial, l’Opium Café près de la Place des Vosges à Paris. Les photos sont exposées en grand format jusqu’à 1 m sur 1 m 50.

Proposition par une galerie de mettre mes photos en permanence chez eux.

Proposition par une association de photographes de nus masculins pour une expo avec eux à Berlin.

Le Ken Montagnard est choisi par tous pour en faire l’affiche.

Ce Ken fait aussi l’affiche d’un spectacle de danse qui fait le tour de l’Italie.

Une maison d’édition allemande sort une série de cartes postales de certains de mes nus.

Touché de cette reconnaissance.

Mais nous sommes loin des portraits …

J’ai failli appeler les expos de nus « sans queue ni tête » … Vous avez compris pourquoi ?

A l’époque, incapable de regarder le visage tout en mettant en valeur le corps. Pour moi, il s’agit de deux regards totalement différents.

Et tout en exposant ce travail sur le nu, je continue à aborder les gens dans la rue pour les portraits.

Puis, au fur et à mesure, association des deux regards …

Naissance des portraits jaloux …

Les portraits, jaloux des nus, se dénudent le torse…

Moment de partage avec les élèves d’un lycée professionnel lors d’un cours sur la photo …

« Qu’est ce que vous recherchez dans la photo ? »

Moment de silence … Puis je me lâche …

Au final, ce qui me fait vibrer,
c’est surtout la rencontre
et la découverte de l’autre.

Au départ, il y a sûrement eu un manque, une faille, une recherche de quelque chose, de quelqu’un, ou un trop plein d’émotions à faire partager !

Bien évidemment, quelque part, je suis un écorché.

Mon regard, porté avec bienveillance sur les modèles, permet de les révéler tels qu’ils sont au plus profond d’eux-mêmes,

Beaux, tout simplement.

Leur regard, sur moi… m’apaise.

Alors la photo devient la preuve, le témoin de ce moment, où, avec ce complice photographique, nous nous sommes découverts, nous nous sommes écoutés.

Nous nous sommes apprivoisés…

Échange qui permet de sublimer l’autre

et sans lequel il ne peut y avoir de photos.

Et, si vous, le spectateur, vous en percevez, à votre tour, l’émotion,

la photo prend alors une autre vie et a une nouvelle raison d’être.

Mettre l’autre en confiance

Le laisser être lui-même

Le mettre à la lumière

Et au travers de mon regard

Lui permettre de se regarder

Tel qu’il est

Voilà celui que j’aime être.

A très très bientôt……

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6 commentaires

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  1. Pascale
    décembre 26, 2020
  2. Nicole
    décembre 28, 2020
  3. Maeva
    décembre 28, 2020
  4. Jean Lecourt
    février 24, 2021
    • Jean-Yves Piton
      février 25, 2021

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