18 – Du raisin sec au Diplôme Universitaire

18 – Du raisin sec au Diplôme Universitaire

Du raisin sec au Diplôme Universitaire :

Et le tout, en totale « pleine conscience »

Ou

Comment offrir à des personnes en souffrance, 

Une façon encore inédite de se soigner. 

Ou plus concrètement

Voici mon humble parcours

De méditation en pleine conscience

En tant qu’homme

Mais surtout en tant que Directeur Général

D’un établissement de santé mentale,

Mais pas n’importe lequel !

Je vous raconte :

Nous sommes en 2006,

Je suis Directeur Général de la Clinique du Parc à Nantes,

Une Clinique en Santé Mentale,

Filiale du Groupe Ramsay Générale de Santé.

Sachez qu’en prenant ce poste, le 12 novembre 2001,

Je n’y connaissais rien

Ni à la santé, à part la mienne,

Ni à la santé mentale, à la part la mienne,

Je savais gérer les projets, et non seulement je savais,

Mais j’adorais avoir des idées ou en cueillir ici et là,

Puis les mettre en pratique, dès que j’en avais la possibilité.…

Et pour ma santé mentale,

J’avais déjà un peu travaillé sur mon propre parcours,

(Ce que nous devrions tous faire un peu, à mon avis)

Revenons à Nantes, au Parc :

Fin 2006, l’un des nouveaux psychiatres me parle de Mme Catherine MUZELLEC, avec qui il travaille de temps en temps, il a l’air d’apprécier sa vision du soin. Il aimerait qu’elle mette en place des ateliers dits « de relaxation » pour les patients.

Je la reçois en me demandant bien ce que cette fameuse Catherine M. avait de si particulier.

J’étais loin de penser qu’elle allait changer ma vie, voir me la sauver à un certain moment (je vous en parlerai plus loin), et surtout devenir une amie, une amie précieuse, une frangine de cœur.

Notre 1er échange, dans ce petit bureau sous les toits, je nous revois toujours.

Catherine me parle de pleine conscience, de Zindel Segal avec qui elle se forme à la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience, de MBCT donc. Elle raconte les ateliers qu’elle anime régulièrement à Paris … Un nouveau monde s’ouvre à moi.

Et pour être honnête, autant de personnes et de termes qui me parlent aujourd’hui, mais ce jour-là et ceux qui ont suivi, je lui posais pas mal de questions, du genre : « De quoi me parlez-vous exactement ? »

Et surtout je me disais : « On va en faire quoi de tout cela à la Clinique du Parc ? »

Catherine me propose d’en parler à mon équipe de cadres soignants.

Un soir nous voilà avec chacun un raisin sec dans la main (le fameux raisin sec …), à le toucher du doigt, le sentir, vivre nos ressentis face à un « banal petit raisin sec », que nous avons tout de même fini par manger « en pleine conscience ». Nous étions plus qu’attentifs à l’odeur, le goût, la saveur. Quelle nouvelle sensation autour d’un simple raisin sec !

En concluant, un des psychiatres dit à Catherine : « Mais c’est de la psychiatrie phénoménologique »

S’il le dit !

Catherine en était satisfaite, moi aussi par voie de conséquence, elle était adoptée par les psychiatres. Nous allons pouvoir commencer à travailler ensemble.

Je commence par lui proposer de faire ces ateliers dits « de relaxation » pour les patients, en faisant attention à ce que ses compétences soient bien différentes de celles de nos propres salariés pour justifier son contrat de prestataire extérieure.

Les mois se passent, les patients sont satisfaits de ce que Catherine leur propose, les psychiatres aussi.

Catherine poursuit sa formation d’instructrice en MBCT,

Et perso, je traverse une période très chaotique de ma vie, le suicide de mon compagnon. Après 11 ans de vie commune… Avec lui, j’ai quitté Paris pour cette nouvelle vie à Nantes.

Catherine, tout en poursuivant sa formation, traverse quelques épreuves elle aussi.

Nous nous soutenons et nous écoutons mutuellement.

Novembre 2008, elle écrit un article et présente la méditation en pleine conscience aux entretiens de Bichat.

J’étais très fier pour elle.

Elle y parle de ce qu’elle fait à la Clinique du Parc.

3 mai 2009, une séance photo très particulière chez moi.

Je photographie Catherine pour immortaliser la fin de son difficile parcours de soins.

Difficile de ne pas en parler, sans trop en dire non plus, car ce fut un moment clé de notre beau parcours d’amitié.

Je crois n’avoir jamais autant chialé derrière mon objectif. Pour changer les films, je lui tournais le dos pour qu’elle ne voit pas cette tête de JY effondré avant la fin de la séance.

3ème trimestre 2009, Catherine m’informe qu’elle va instruire son 1er programme MBCT à Nantes, deux psychiatres de la clinique s’y inscrivent, le responsable de la formation d’un établissement public, deux médecins libéraux de la ville, et moi aussi bien évidemment.

Pour aider le JY qui rame encore un peu.  Mais aussi pour le DG qui veut voir de plus près ce qu’il en est du protocole MBCT, avant d’organiser la suite de l’introduction d’un programme de pleine conscience à la Clinique du Parc.

Une révélation pour moi.

Bon, pour rire un peu, je peux vous avouer maintenant que certains scans corporels ont fini avec la douce mélodie de mes ronflements. Nous sommes en hiver, il est 20 h, après de bonnes journées bien chargées au bureau !

Mais oui, J’apprends à méditer et je m’y mets très régulièrement. J’adore ces moments.

Une évidence, à l’écoute unanime des participants au programme : il faut qu’on en fasse quelque chose pour les patients à la clinique.

Je lui laisse le référencement dans la littérature scientifique, c’est son domaine et surtout, je lui fais totalement confiance, l’ayant un peu vécu de l’intérieur.

Je m’occupe de la mise en place et des différentes contraintes dont il faut tenir compte pour trouver le bon compromis.

Quels patients ? à quel moment de leur parcours de soins ?

Les psychiatres vont-ils prescrire ? à quels moments du parcours de soins ? N’oubliez pas qu’à l’époque ce type d’intervention est un peu hors norme !

Les contraintes de cohésion de groupe de patients pour permettre à Catherine de les mener au bout du parcours.

Je m’occupe du matériel, du lieu, des plannings, des horaires …

Nombre réunions se font avec les différents intervenants pour bien baliser le suivi au sein de la clinique.

L’ARS, comment faire financer ce programme, sous quelle tarification ? Qu’est-ce que j’affiche ?

La rentabilité de chaque programme, j’ai tout de même quelques comptes à rendre ! Car il en faut une, sinon tout va s’effondrer très vite.

Catherine et moi, nous voulons que non seulement ce programme voit le jour, mais qu’il dure et qu’il aide en nombre, les personnes qui souffrent de multiples rechutes dépressives. Nous sentons tous les deux cette nécessité.

Elle nous tient, nous pousse à inventer, à trouver une voie là où rien n’existe.

Quelle merveilleuse aventure !

Je me suis littéralement éclaté à construire ce projet avec Catherine.

Nous nous comprenions, chacun dans notre expertise.

A ce moment-là, Catherine me disait « visionnaire » …

(Elle me le dit toujours aujourd’hui !)

Janvier 2010, le 1er programme MBCT voit le jour à la Clinique du Parc à Nantes, et les suivants se mettent en place sans tarder. La demande est forte.

Jusqu’à 6 programmes MBCT par an entre 2014 et 2017.

1er trimestre 2015, je traverse une nouvelle période difficile, mais sur le plan pro cette fois-ci, je suis plus qu’hyper fatigué de ce travail, parfois du personnel, parfois du siège, bref le travail d’un DG parfois un peu isolé.

L’instructrice de pleine conscience, l’amie, la confidente, passe me voir dans mon bureau comme après chacune de ses interventions à la Clinique.

« Catherine, dès que tu instruis un programme MBSR à l’extérieur, tu peux me garder une place, j’en ai besoin, ça pourrait me faire du bien »

(MBSR : Programme de réduction du stress basé sur la pleine conscience)

Catherine s’assoit et éclate de rire.

« Toi alors !

Oui, j’ai un MBSR qui commence dans 2 jours. Ce matin, avant de venir j’ai eu un désistement, j’allais appeler le 1er sur la liste d’attente en rentrant chez moi. Tu as la place ! Bienvenue »

Quand je vous dis qu’elle m’a sauvé la vie, quelque part, on ne saura jamais comment j’aurais terminé si j’avais dû attendre quelques semaines ou quelques mois ainsi.

Et avant de vous laisser méditer, et parce que mon ego est un peu fier de ce moment,

Pourquoi ne pas vous raconter le jour où Catherine est arrivée dans mon bureau avec une revue professionnelle sur l’état des lieux des programmes de pleine conscience en France, sur leur développement, leurs bienfaits …

« Lis »… me dit-elle, tout sourire.

Et … dans un paragraphe, ils citaient la Clinique du Parc à Nantes comme étant le 1er établissement privé français à avoir mis en place et inscrit de façon pérenne, les programmes MBCT comme pratique de soins.

Alors, c’est vrai qu’après les aléas, les « remarques » diverses et variées entendus ici et là pendant ces années d’exercice, cette reconnaissance extérieure nous a fait un bien fou, j’avoue.

Et d’après vous, est-ce que j’aurais scanné ce document en parfaite résolution bien lisible, et est-ce que je ne l’aurais pas envoyé à quelques personnes ?

Bien si, j’avoue, que d’aveux, je l’ai fait avec plaisir.

Alors, imaginez,

Maintenant que je jubile photographe portraitiste spécialiste du sourire, vivant pleinement ma passion depuis mes 17 ans,

Quand Catherine m’annonce qu’elle travaille avec Marion Frenette, Adrien Evin et Leslie Touati-Hureau sur un projet de « Diplôme universitaire de méditation de pleine conscience, en santé »

Tout d’abord, je suis très heureux pour elle, pour son parcours depuis 20 ans,

Et ensuite je suis très touché quand elle me demande de venir partager mon expérience dans ce parcours de DU.

Dire mon regard d’« administratif pratiquant » (LOL, vous aimez l’expression ?) un peu visionnaire et un peu têtu, durant ces années passées à la Clinique du Parc.

J’ai dit OUI, bien évidemment,

PS : Jubiler = être à la retraite chez les Espagnols,

Beaucoup plus beau, non ?

Voilà,

Du raisin sec au DU,

Tout un parcours en liens, en soutiens réciproques, en amitiés,

Attentifs ensemble à trouver la juste place de la pleine conscience à Nantes !

Nous l’avons fait,

Très attentifs à trouver la juste place de cette pleine conscience,

Pas pour la gloire,

Mais parce que cette pratique nous a porté, a pris soin de nous-mêmes dans nos difficultés, et que nous voulions le partager et en faire profiter le plus grand nombre, de façon juste.

Quelle belle aventure !

C’était joyeux, parfois confrontant, assez exaltant,

De voir ce déploiement des programmes de pleine conscience

un peu partout en France et ailleurs.

Très belle continuation à vous toutes et tous.

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